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Twitter ferait décoller l’internet mobile ?

21 mars 2009 Par Benoit Darcy 2 436 lectures Pas de commentaire
Twitter ferait décoller l’internet mobile ?

Voilà plusieurs fois ces derniers jours que je repère dans ma revue de presse quotidienne des blogs et autres sites d’information des articles mentionnant que « l’internet mobile décolle enfin »… Dernier billet en date pointant le phénomène, celui de Grégoire à propos de l’utilisation de Twitter et de la conférence SXSW. Plus qu’une conférence, SXSW est un évènement américain qui transforme Austin, Texas en capitale de la créativité le temps d’une semaine, et ce depuis plus de vingt ans (la première édition a eu lieu en 1987…). Il y a encore quelques années, SXSW était « seulement » un festival de musique, mais au fil du temps, celui-ci s’est mué en gigantesque évènement autour de la création, musicale, vidéo et numérique.

Aujourd’hui, South By Southwest est un évènement majeur où sont présents les représentants des services les plus « hype » de l’internet. 2008 a consacré Facebook, 2009 aura donc consacré Twitter. Ne cherchez pas de logique là dedans, c’est bien de « hype » dont il s’agit, la part de l’irrationnel est donc parfois bien réelle, tant sur l’utilité que sur la pérénité financière de tels services.

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Photo Copyright BPedro (Flickr)

Ainsi donc, Twitter voit son audience augmenter très fortement. Aux États unis surtout. En Février, 4 millions de personnes ont visité le site, soit une progression de 2,6 millions par rapport au mois précédent (Comscore). Une progression de 55% alors qu’elle était « seulement » de 33% entre les mois précédents. On peut donc parler de phénomène. En France, on commence a voir les logos Twitter fleurir sur les blogs et autres sites plus établis. Certains l’utilisent comme un canal RSS bis, d’autre avec une plus grande valeur ajoutée en s’en servant comme outil de communication, façon micro-blogging. A noter que le twitter de votre serviteur est disponible sur twitter.com/zdar. N’hésitez pas à me « suivre » !

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Pour autant, est-ce qu’on doit à Twitter le décollage de l’Internet mobile ? Pas vraiment. En fait, l’Internet mobile décolle timidement. Voilà des années qu’on nous promet la mise à feu de la fusée (cf article de 2006 : Web2.0, les téléphones mobiles ne seront pas épargnés). Pour l’heure force est de constater que la fusée ressemble plutôt à un pétard mouillé. La faute à qui ? Aux opérateurs principalement. Les trois opérateurs ont opté très tôt pour un verouillage complet de leurs services. Ainsi sont apparus Orange World, Vodaphone Live, et iMode. Voilà trois portails de services qui sont à l’Internet mobile ce que The Microsoft Network ou FidoNet étaient au World Wide Web : des tentatives de faire exister un monde parallèle où un unique opérateur de service contrôle les accès, le trafic, les contenus, la promotion et les revenus.

internet-mobile-04Si The Microsoft Network n’a pas resisté face au Web, force est de constater que les opérateurs de téléphonie mobile ont plutôt bien mené leur barque. Ils ont même fait encore plus fort avec Gallery, portail de services surtaxés où moyennant plusieurs euros, il est possible d’obtenir des informations la plupart du temps accessible gratuitement sur n’importe quel ordinateur relié à Internet…

Pourquoi c’est en train de changer ?

A mon sens, si aujourd’hui, les choses changent c’est principalement pour deux raisons.

  • Les usages ont dépassé le champ d’action des portails des opérateurs. A l’heure des réseaux sociaux et des applications sociales (consommation d’information, consommation de musique, lifestream, discussions), les utilisateurs ont besoin d’applications dédiées, ce que ne peut pas offrir un portail opérateur, enfermé dans une logique One to many (diffusion verticale d’information d’une source unique vers des recepteurs).
  • Mais surtout : un acteur disruptif a complètement changé la donne : Apple. Avec son iPhone, le constructeur américain a fait plier chaque opérateur un par un, négociant des accords portant sur la mise au point de forfaits spécifiques, le développement de partage de revenus. Les opérateurs avait à cette époque besoin de (nouveaux) clients, la belle histoire de la 3G (et le bide de la visiophonie qui va avec) étant bel et bien terminée et celle de la TV mobile n’étant pas encore démarrée. Ils ont donc accepté les conditions d’Apple qui s’est empressé d’opérer un transfert de valeur, du portail de l’opérateur vers sa propre bibliothèque d’applications sur laquelle Cupertino à la main-mise. A mon sens, Apple a clairement fait perdre du pouvoir aux opérateurs de téléphonie mobile en ce qui concerne l’internet mobile. Avec sa boutique d’applications pour Androïd, Google est en train de réaliser la même chose, à plus grande échelle puisque la plateforme Androïd est appellée à être intégré dans une variété de téléphones moyen et haut de gamme. Microsoft a anoncé également sa boutique d’applications au dernier Mobile World Congress, et pareil pour Palm, qui compte reprendre des parts de marché avec son Palm Pre, lui aussi doté un Appstore-like…

Alors, faut-il s’enflammer pour autant ?

Non, surtout pas. Là encore pour deux raisons.

  • Un monopole qui remplace un autre monopole, voilà une situation qui n’est pas non plus acceptable. Et il est encore trop tôt pour savoir dans quelle mesure les parts de marché vont se (re)distribuer entre Google/Android, Nokia/Symbian, Microsoft/Windows Mobile et Apple/iPhone.
  • Les opérateurs pourraient revenir au pouvoir et contrer la désintermédiation introduite avec les boutiques d’applications, ils ont plusieurs options  : soutien logistique, gestion du transfert des applications d’un mobile à un autre, services spécialisés aux sites/magasins des tiers, comme la gestion des achats d’application ou la facturation des clients. Et pourquoi pas créer leur propre boutique, en introduisante une valeur ajoutée ? (exclusivité de contenus, etc.).
  • L’internet mobile est une industrie qui cherche encore son modèle de revenu. Si les opérateurs de téléphonie mobile affichent le sourire, il en est autrement des éditeurs de services en ligne, voire des éditeur tout court. Un exemple avec l’application Le Monde, disponible depuis peu sur App Store, et selon Philippe Jannet, directeur des activités « internet » du journal Le Monde, téléchargée plus de 300.000 fois : « Nous investissons également fortement sur les supports mobiles. Et nous sommes très fiers de voir que plus de 300 000 possesseurs d’iPhone ont téléchargé et utilisent notre application spécifiquement conçue pour leur permettre d’accéder à nos informations (vidéos comprises) depuis leur téléphone ». Voilà un exemple d’une application populaire, qui a eu un coût de développement pour son éditeur, mais qui pour l’instant ne rapporte financièrement rien, ou pas grand chose, de l’aveu même de son directeur, présent à une récente conférence de l’EBG sur le sujet.
    Même constat concernant le marché publicitaire sur les mobiles qui devait exploser en 2007. Ce ne fût pas le cas. Il devait alors décoller en 2008, ce ne fût pas encore le cas puisque celui-ci n’a généré qu’un chiffre d’affaires brut en France de 15 à 20 millions d’euros l’an dernier. Pire, la crise, devrait ralentir sa croissance. On est loin des milliards qui étaient annoncés pour 2010…

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