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Eric Clapton et Steve Winwood, 25 mai 2010 (Bercy, Paris)

25 mai 2010 Par 8 539 lectures 10 commentaires
Eric Clapton et Steve Winwood, 25 mai 2010 (Bercy, Paris)

Comme à chaque fois je suis retombé dedans. Réécouté quinze jours durant mes bootlegs de référence téléchargés et triés avec amour depuis 10 ans d’Internet à haut débit. Comme à chaque fois j’ai réactivé mes abonnements aux newsletters de fanboys. Comme à chaque fois, j’ai attendu le premier riff avec l’excitation d’un nouveau fan se rendant à son tout premier concert… C’est que, voyez vous, Eric Clapton figure parmi les artistes qui pour moi ont beaucoup compté dans la découverte de la musique de notre siècle, en particulier dans un style que j’affectionne tout particulièrement : le Blues.

Les puristes pourront s’insurger sur le thème récurrent et controversé du Blues de blanc pour blancs,  mais c’est bel et bien grâce à ce Clapton que j’ai pu remonter jusqu’aux trois Kings (Albert King, B.B. King, Freddy King), jusqu’à Muddy Waters, jusqu’à Robert Johnson et tout un tas d’autres. Que tous mes prescripteurs de génie – en particulier deux dont j’ai croisé le chemin : Francis Zégut et  Mauro Serri – en soient ici remerciés…

C’est ainsi que j’essaye de ne pas manquer une seule date de Clapton en France, quelque soit la formule… Question de principe. Ma façon d’en profiter au maximum. Tant que cela est encore possible. Tant pis pour le marketing, tant pis pour l’objectivité. Prenons le plaisir là où il se trouve…

Je vais quand même essayer de l’être un tantinet, objectif, pour vous livrer mon sentiment sur ce concert d’un Eric Clapton et d’un Steve Winwood qui tentent des années plus tard de retrouver la magie de Blind Faith, le super-groupe formé par nos deux accolytes en 1969 sur les cendres de Cream et de Traffic, aidés d’un Ginger Baker difficilement remis de la déferlante Cream et d’un instable Rick Grech qui finira bien mal. Blind Faith sortira un album et durera un an. La pochette aujourd’hui ferait scandale (on peut y voir une adolescente de de 14 ans dénudée tenant dans ses mains une maquette d’avion pour le moins phallique…).

Blind Faith – Blind Faith (écouter sur Spotify)

Ce sera l’un des échecs les plus difficiles à surmonter pour Eric Clapton. C’est aussi un album riche à bien des niveaux. Dans la composition, les arrangements. Comprendre Blind Faith, c’est comprendre comment Clapton va, un peu plus d’un an plus tard, arriver à créer Layla and Other Assorted Love Songs, son chef d’oeuvre intemporel, fruit de sa collaboration avec Duane Allman, génie de la slide guitar et alors leader du Allman Brothers Band.

Comme sur l’album Blind Faith, le concert s’ouvre sur Had To Cry Today, avec plus de 20 minutes de retard sur l’horaire prévu. Quelques hésitations dans la voix de Winwood. Ce sont les toutes premières minutes du show, et on lui pardonne. Deux minutes plus tard, premier solo de Clapton. Le son est là, le phrasé aussi. La locomotive est en route. Winwood prend le bon wagon et les soucis de justesse seront vite oubliés. Le line-up est évidemment plus qu’efficace : Steve Gadd à la batterie, Chris Stainton aux claviers, et Willy Weeks à la basse. A ceux-là s’ajoute deux choristes (Michelle John, et Sharon White).

Peu après, After Midnight – un titre de J.J. Cale – commence à faire monter la température. Force est de constater que Steve Gadd n’y va pas de main morte et y imprime un rythme trop prononcé. D’autant plus dommage que sa prestation dans la chanson suivante, Presence Of The Lord sera exemplaire.

Glad est executé avec beaucoup d’automatisme et peu de conviction. La surprise vient ensuite avec un Key To the Highway pris très au dessus du tempo d’origine. Déroutant de prime abord, la rythmique – d’une précision horlogère – permet d’assoir la chanson qui d’entrée de jeu est jouée en « shuffle » (syncopé) quasiment sans introduction.
La reprise de Georgia On My Mind, chère à Steve Winwood, a dans ses premières mesures des allures de désastre. Un désastre orchestré par des applaudissments du public intempestifs, soutenus, et surtout à contretemps. Clapton est alors assis et se mue en sideman zélé. Il se lévera pour jouer son solo, pas vraiment indispensable sur un tel titre, mais cela semble plaire…

S’ouvre alors le set acoustique du concert. Les Martin sont à l’honneur, et Drift’in Blues ouvre le bal. Splendide version, tout en feeling qui restera l’un de mes temps forts de ce concert. Quelques bends plus tard, ce sont les premiers accords de Layla qui raisonnent. Sublimée en 1992 sur le MTV Unplugged, Layla aura connu presque 10 ans de purgatoire acoustique avant de revenir dans une version électrifiée pour la tournée One More Car, One More Rider en 2001. Dommage, la demande du public est trop forte et Clapon s’évertue à vouloir retrouver l’instant de magie saisi sur disque un soir de janvier 92. Can’t Find My Way Home marque un autre temps fort du concert. Oubliés le rodage des premières minutes, Steve Winwood donne ici pleine mesure de son talent vocal. Une version magnifique, pleine de nuances.

Le retour en mode « électrique » se fera juste après, sur Gimme some lovin, un titre du Spencer Davis Group, groupe que Winwood avait rejoint en 1967 avant de partir former Traffic. Reste deux morceaux de bravoure à accomplir pour terminer le set régulier. C’est Voodoo Chile et Cocaïne. Le premier vire à la jam psychédélique de 15 minutes pour le bonheur du plus grand nombre. Le second est matière à un solo de Chris Stainton, au Rhodes, qui donne au tube une couleur inédite. Stainton qui sera bientôt suivi par Steve Winwood, à la guitare, exécutant quelques citations en règle de Clapton entre deux phrases de son cru. L’intéressé sourit et conclut. Fin du concert.
Retour de la bande quelques minutes plus tard pour un rappel de choix : Dear Mr Fantasy. Salut final. L’obscurité perdure pendant 2 ou 3 longues minutes. On espère alors un autre rappel mais les lumières finissent par se rallumer et les premiers spectateurs par quitter la salle.

Quelques uns doivent se dire que c’est le meilleur concert auquel ils n’ont jamais assisté. D’autres que c’était un bon concert – pas le meilleur – d’un duo mythique, fondateur pour bien d’autres par la suite, et dont la performance, trente ans plus tard est restée immanquable.

Et c’est aussi pour cela que je ne l’ai pas manquée.

Eric Clapton et Steve Winwood : Paris Bercy, 25/5/2010 : la Setlist

  1. Had to Cry Today
  2. Low Down
  3. After Midnight
  4. Presence of the Lord
  5. The Shape I’m In
  6. Glad
  7. Well, Alright
  8. It’s Too Bad
  9. While You See A Chance
  10. Key To The Highway
  11. Midland Maniac
  12. Blues (slide)
  13. Georgia on my mind
  14. Driftin’ Blues
  15. How Long
  16. Layla
  17. Can’t Find My Way Home
  18. Gimme Some Lovin’
  19. Voodoo Chile
  20. Cocaine
  21. Dear Mr. Fantasy (rappel)

Eric Clapton et Steve Winwood, Live from the Madison Square Garden

Album disponible :



Live From Madison Square Garden


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10 commentaires »

  • Tweets that mention Eric Clapton et Steve Winwood, 25 mai 2010 (Bercy, Paris) | zdar.net -- Topsy.com a dit:

    […] This post was mentioned on Twitter by Benoit Darcy, Benoit Darcy. Benoit Darcy said: Eric Clapton et Steve Winwood, 25 mai 2010 (Bercy, Paris): Comme à chaque fois je suis retombé dedans. Rééc… http://tinyurl.com/2vhm5wr […]

  • Simon-33 a dit:

    Merci beaucoup a toi de m’avoir fait vivre ce concert, je n’ai pas pu aller y assister etant sur Bordeaux et en pleine periode de bac francais, et je le regrette tellement…
    Merci encore, bonne journée.

  • Benoit Darcy (author) a dit:

    De rien ! Et ***** pour ton épreuve de français ;)

  • Jacques a dit:

    Excellent concert. Merci pour ce très fidèle compte rendu. ET 100% d’accord pour Layla !

  • vdessaigne a dit:

    j’y étais, et ton compte rendu est très bon, hormis que je trouve que tu es passé un peu vite sur les 2 choristes qui, malgré une présence très timide ont été tout simplement magnifiques. Des voix sublimes, posées à bon escient, accompagnant les instruments avec un brio que je n’avais entendu que lors du concert de Pink Floyd, il y a … quelques années déjà. Je tenais à leur rendre cet hommage bien mérité.

  • Kate a dit:

    Nice review. Voodoo Chile had the hairs on my arms standing up and Gimme Some Lovin was just great. Je les ai vu le 21 à Wembley Arena aussi et ai trouvé le gig de Bercy encore mieux. Dommage qu’ils ont squeezé Forever Man, qui faisait parti du set à Londres, mais j’étais, comme toujours, sur les fesses et ravie de ma soirée. Même Steve a chanté juste quasiment tout le temps ;-) Juste un truc – Can someone please explain why the French always have to clap ‘in time’ (though often, not….) to the damn music? Aaaaaaaaaaaaaaargh !!!!!!

  • Benoit Darcy (author) a dit:

    Can’t explain but agreed 100% for that clapping issue, Kate… So french, so bad.

  • Marc a dit:

    Je suis d’accord sur l’ensemble de ce qui a été écrit, toutefois, pour moi la bonne surprise a été the Shape I’m in, la reprise du band, en plus carré.

    Mon titre préféré sur ce concert a été Can’t find my way home.

    sunshine of your love en second rappel aurait été pas mal aussi.

  • Mauro Serri a dit:

    c’est évidemment un report d’amour de la part de Benoît….
    je dois beaucoup à celui que l’on a appelé « God » en son temps, et c’est vrai qu’il faut absolument lui rendre grâce, en ce sens que beaucoup de petits blancs, comme moi, n’auraient pas découvert le Blues si Eric n’avait pas tracé la voie…qqs petites précisions, sur le fait que Steve, grand fan de Ray Charles, était le petit prodige du Spencer Davis Group dès l’âge de 17 ans, et ce dans les early sixties (bien avant 67), il interprétait déjà « nobody knows you when you’re down and out » avec l’arrangement qu’Eric a repris plus tard…ils devaient déjà lui et Eric, faire un groupe ensemble dès 65/66, The Powerhouse, je crois qu’il y a un ou deux titres sur une compil du « british blues », côtoyant John Mayall et d’autres de cette époque…c’est là qu’Eric s’est retrouvé à faire Cream et Steve, Traffic…on ne souligne pas assez le travail de Duane Allman dans l’album Layla…il jouait aussi « normalement » comme Eric, sans slide, et est à l’origine d’envolées à 2 leads mémorables, ainsi que des orientations stylistiques qu’Eric n’aurait pas prises, comme les contrechants du titre Layla ou les guitares de Little Wing (Eric n’a d’ailleurs jamais joué comme ça…).Seve n’était pas manchot non plus en son temps, à la guitare, il suffit d’écouter le « Stevie’s Blues » sur un single de S.Davis group, c’est carrément dans le même esprit que le « Red House » de J.Hendrix !
    en tous les cas, le live paru en fin 2009, pris au Madison Square Garden, est déjà édifiant en termes de qualité, et je trouve qu’Eric redevient « puissant » à la guitare !!!
    bleues salutations d’un bleugars d’chez nous

  • Living Proof : quand Buddy Guy invite B.B. King, pour le plaisir… | zdar.net a dit:

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