Interview : Killtronik, tout est permis à Paris !
Artiste contemporain, plein d’entrain et d’énergie, Killtronik balance entre sensualité abrasive et électro lancinante. Avec ses gimmicks imparables et ses paroles envoutantes, Kévin Blanc a su franchir la première étape de son ascension avec succès. Son premier EP Paris La Nuit a définitivement le vent en poupe. Entre une voix charnelle et samples à la Gainsbarre, Killtronik a su attiser les passions sans pour autant tomber dans les éternels clichés.
Véritable coup de cœur de la rédaction il était temps pour nous de rencontrer cet artiste ô combien intrigant lors de son passage à Paris à l’occasion de la Fashion Week. C’est ainsi dans les coulisses tamisées du Chacha que nous avons tenté de délier les langues et enfin savoir si tout est véritablement permis à Paris…
On entend des critiques dithyrambiques sur ton EP Paris La nuit, si tu devais faire ta propre autocritique le serais-tu autant ? Est-ce que tu en es aussi satisfait ?
Kévin : Je vais te dire où je suis satisfait. Ca fait longtemps que je fais de la musique, que je compose, que c’est ma passion et que j’ai organisé ma vie autour de ça, de la musique et du mode de vie que cela engendre. Là où je suis content c’est d’avoir frappé dans le mille avec le titre qui est un peu notre faire-valoir en ce moment, Paris La Nuit. J’en suis fier parce qu’il tape dans le mille par rapport à la vérité qu’est Killtronik, qu’est cet univers, ma personnalité et ce que je suis et pour une fois j’ai pu exprimer de façon cool et simple ce qu’est l’univers de Paris la nuit, ce qu’est Killtronik. En ce qui concerne les bonnes critiques sur internet, toi tu vois les blogs qui disent que c’est cool mais après saches qu’il y a pleins de blogs qui ne l’ont pas chroniqué, mais il y a aussi des radios qui vont te dire que ton morceau ne rentre pas…
Cela coïncide aussi avec l’effervescence des groupes autour de l’électro, une espèce d’avidité autour de la french touch, on en devient super chauvin et en même temps il y a le côté « parisien » où les gens se disent que c’est trop dans l’esprit du moment, trop hype et donc ils rejettent tout en bloc…
K. : C’est exactement pour ça que j’en ai un peu ras le bol que quand j’arrive sur des radios ou des trucs comme ça et que les mecs me disent « Ouais Killtronik c’est quoi comme style de musique ? Est-ce que c’est plus pop électro ? pop rock ? pop punk post rock ? »…
Je ne vois vraiment pas où ils peuvent entendre du post rock ! (rires)
K. : Ouais non mais tu vois des fois on me sort des trucs… (rires) Par exemple à Radio Musicos la dernière fois le mec me sort « Ouais c’est une recherche fondamentale de la musique ? ». Je lui ai dit « je t’arrête de suite il n’y pas tout ça. ».
Il faut arrêter de chercher la complexité !
K. : C’est beaucoup moins compliqué que ça. J’aime tout. Ma passion c’est le classique, je suis un fanatique de Chopin mais j’adore la dance, je produits de la dance pour d’autres artistes, de gros Djs mais aussi j’aime la pop, je me situe un peu partout et à un moment donné j’en ai rien à foutre de l’étiquette pop, l’étiquette ci, l’étiquette ça. J’essaie de respecter une esthétique musicale pour ne pas perdre les gens parce que si tu composes un titre dance puis un titre rock les gens ne vont pas comprendre donc j’essaie de trouver le style musical qui va mieux coller avec ce que j’ai à dire. Tu enlèves tous les instruments et tu gardes les phrases chantées « Des étreintes langoureuses le long des Champs Élysées » il est là le truc. Et ça tu ne peux pas me dire que c’est rock, pop. Là tu as des paroles et c’est un univers, cela signifie quelque chose. Il y a pleins de choses qui se passent en ce moment où c’est la mode de faire de l’électro et ça c’est pareil j’en ai rien à foutre. Je ne suis pas là à vouloir faire de l’électro, à dire que je suis un incontournable de la scène pop électro. Ce que je veux c’est présenter la vérité…
La réalité de ce que tu es au plus profond de toi en somme…
K. : Voilà, exactement ! Si tu savais la vie de dingue que j’ai dans le sud. Je ne dis pas que j’ai une vie de fou, ce n’est pas ça. Mais on a organisé avec tous les potes, les artistes et les djs qui participent à ce projet on a organisé un studio dans un grand local dans lequel il y a des pianistes, des djs, des gonzesses qui passent tous les soirs et je fais écouter ce que je fais dans la journée et tout le monde apporte son avis et c’est génial !
C’est un local complètement ouvert où toutes les personnes qui écoutent ce que tu fais peuvent venir et passer une soirée tranquille et profiter de l’environnement et de la musique ?
K. : C’est complètement le but du jeu ! Je ne fais pas ce métier dans une recherche de reconnaissance, pour réfléchir sur l’argent ou être aimer. C’est juste vivre un univers et ça c’est cool. Tu vois ce soir on est là et on a notre image c’est tout ce qu’on aime…
Surtout que le Chacha colle plutôt bien à l’image parisienne et sensuelle de ton EP…
K. : Grave ! C’est pour ça qu’on a accepté cette date puisque de toute façon on ne gagne pas notre vie sur une date comme celle-ci. On s’est dit que la proposition des Anges de La Mode collait parfaitement, il n’y a pas de scène, on est dans un lieu que l’on aime. On s’est même laissé tenter par une séance photo ! (rires) Après tout ce qu’il y a autour, les étiquettes, ce n’est pas de cela qu’il faut parler. Ni de qui je suis, ce que je peux dire de ma vie personnelle.
En même temps quand tu aimes la musique de manière intrinsèque tu te fous de savoir ce que l’artiste bouffe le matin, ou regarde à la télé…
K. : Justement, il y a des gens qui m’amènent sur ce terrain ou qui essaient de lancer des débats et t’as envie de lui dire : « Mec tu te perds complètement ! On n’y est pas du tout là. Non mais concrètement tu n’as pas écouté les paroles ! ». C’est un peu ce que je revendique dans mon projet…
Tu me parlais de l’ère d’un nouveau Killtronik et justement quand tu écoutes Dresscode ou Travel Your Heart on sent que tu as mis quelque chose de côté. Est-ce que c’est une volonté de t’immerger complètement dans l’électro et de laisser un peu plus guitare et batterie de côté ?
K. : A un moment donné je pourrais arriver à un concert et envoyer des solos de malade ! je fais quatre heures de piano par jour et je pourrais faire des solos de fou mais tous ces effets de guitare, de saturation ce n’était pas au service de ce que j’avais envie de chanter…
En même temps ton véritable premier EP est Dresscode et quand on lit les articles ou ta bio presse on peut voir que Paris La Nuit est ton premier EP, donc c’est vraiment une volonté de te couper de ce que tu as pu faire avant, non ?
K. : Oui, mais en même temps tu vois ce n’est pas impossible que je garde les vocaux sur un titre comme Dresscode. Je ne le renie pas du tout mais c’est très dur quand tu essaie de revenir sur un morceau comme ça. C’est une horreur parce que tu l’as composé d’une certaine façon et quand tu es derrière ton ordi et tu te dis bon alors j’enlève ça, ou ça, et tu restes perplexe…
Oui, tu n’as aucun recul dessus, surtout sur un titre comme Dresscode qui est sorti il y a pas mal de temps.
K. : Peut-être que j’arriverais à le reformater à un moment et à le faire coller à une certaine esthétique mais je ne le renierai jamais. Je ne regarderai jamais en arrière en me disant « Ouais ça c’était vraiment de la merde ! ». C’est comme une histoire d’amour, je ne dirai jamais que mes exs sont des connasses au contraire ce sont des filles qui m’ont apporté beaucoup, qui m’ont fait grandir et qui ont contribué à une certaine évolution et c’est exactement comme ça que je vois ma musique.
Pour revenir sur Paris La Nuit, on sent que chaque titre est extrêmement bien produit, ils ont tous la capacité de devenir des singles potentiels alors on peut se demander à un moment pourquoi tu n’as pas décidé de sortir un album. Cela aurait été plus cohérent, non ?
K. : Après on a un problème qui se pose et ça me saoule un peu d’en parler. On a un problème de réalité économique et de l’industrie de la musique qui est que tu as beau faire de super titres, et tous mes amis me disent que ça va marcher, mais la réalité est telle qu’il faut d’abord que tu fasses de la promo, des plans marketing etc. Arriver cash avec un album c’est envoyer un signal mauvais à certains médias qui préfèrent d’abord découvrir via un EP…
C’est bien ce que je pensais et ça rentre totalement dans l’esprit étroit du moment, mais tu as les titres pour sortir ton album ?
K. : Ouais carrément ! Mais après c’est un luxe aussi que je me suis permis de laisser vivre un EP, de voir ce qu’il valait, où j’avais fait des erreurs etc. Ce qui est marrant c’est que concernant Killtronik, je dois avoir près de six albums chez moi et actuellement je suis en train de faire un album sur la lignée de Paris La Nuit parce que j’en suis trop fier. Je pense qu’il ne faut pas aller trop vite, c’est comme dans une relation.
Exactement, et ce qu’il y a de plus étranges aussi c’est que sur les cinq titres de ton maxi, on se rend compte que parmi tous ces titres en anglais c’est le seul que tu chantes en français (titre Paris La Nuit, ndlr) qui marque le plus où ta voix s’exprime le mieux. On peut se demander si c’est un choix par facilité d’écrire davantage en anglais ?
K. : Depuis le début de ce projet, c’est-à-dire trois ans, on a senti que les gens étaient plus réceptifs quand je chantais en français. A un moment tu te dis que les gens sont plus à l’écoute quand tu parles entre deux morceaux que lorsque tu chantes en anglais ! (rires) On a beau essayé de franciser l’anglais, d’articuler les mots, rien n’y fait. Mais quand tu te dis au début que tu fais de la pop anglaise c’est assez difficile de ne pas écrire en anglais. Un jour j’ai chanté Paris La Nuit pour la première fois dans un bar et j’ai vu les gens qui étaient vraiment captivés par le morceau ! Puis c’est un dilemme d’écrire en français parce que quand je vois Mika qui sort un titre Elle me dit j’ai envie de lui vomir dessus ! (rires)
Cette chanson est juste un supplice pour les oreilles ! (rires)
K. : Il est passé de Relax qui était sublime à : « Elle me dit tu n’as qu’à taper dans un ballon tu deviendras footballeur ! » ! (rires) Après le français c’est compliqué, ça implique plus de travail et du temps parce que j’avais pas envie de tomber dans des débilités dans le genre. La pop et le français ça a mené plus souvent à l’échec qu’autre chose.
C’est même une avalanche d’échec, malgré le talent de certains groupes ça ne passe pas du tout.
K. : Quand je vois Housse De Racket avec « hey les synthétiseurs ». C’est con parce que j’ai joué avec eux à Nice il y a trois quatre mois et tous les synthés, les batteries sont énormes mais quand il ouvre la bouche t’as envie de lui dire « tais-toi ! ».
Faut dire aussi que Housse De Racket sont soutenus par Kitsuné, il y a Philippe Zdar qui est passé par là aussi et c’est ce qui les a aidé à mieux passer cette barrière que les groupes peuvent rencontrer avec le français…
K. : Je trouve ça cool Housse De Racket, et ça reste l’exemple type…
Toi aussi finalement tu t’es retrouvé à bosser à Paris au Studio Ramsès, pourquoi avoir décidé de bosser ici plutôt qu’à Cannes ?
K. : Quand tu composes seul pour finaliser le truc à un moment donné tu n’as plus du tout de recul et après avoir écouté quatre mille sons dans ta banque de sons tu ne sais plus quoi penser. Je m’en foutais un peu d’avoir des gens connus parce que quand tu vois Philippe Zdar qui est passé vite fait entre deux portes ou deux avions, tu te dis que t’as envie de bosser avec des gens qui s’impliquent vraiment.
C’est vrai que Josselin Bordat et Sébastien Prades ont fait un travail magnifique sur ton maxi. Tu peux l’écouter sur n’importe quel support le son reste clean…
K. : C’est parce que lorsqu’on a travaillé en studio le feeling est tout de suite passé. On a même pas eu besoin de mixer. Dans notre recherche de samples, quand tu choisis les bons, tu joues et ça marche !
Cela revient un peu à enregistrer un album live…
K. : Exactement ! C’était super, l’équipe était géniale et c’est vrai que chez moi je n’avais pas assez de matériel. Ça coûte excessivement cher et je ne suis pas non plus l’héritier de Bill Gates donc il manquait pleins de choses. Techniquement, j’avais juste de quoi faire de belles prises de voix et des plugs à gauche à droite. Même si l’espace est très grand et très beau parce que je suis un peu à cheval sur ça, au final il y a juste de quoi faire de la bonne musique mais pas plus loin. Une console à 100000 euros SSL ce n’est pas pour rien que ça vaut ce prix là ! (rires)
C’est aussi ton côté « je suis un geek de la musique, je compose en solitaire ! » (rires) Ca se fait beaucoup en ce moment…
K. : Une guitare est une guitare, un synthé est un synthé et quand tu prends ton temps ça fonctionne ! (rires)
Ce n’est pas la guitare qui fait l’homme ! (rires)
K. : Des fois j’essaie de jouer des trucs tubesques qui marchent ! Un truc de batterie simple, une basse et un instrument et tu les joues et ça marche !
Ce sont des valeurs sûres mais en même temps il n’y a pas forcément de profondeur derrière non plus…
K. : Exactement. En tout cas c’était vraiment super de bosser avec Josselin et Sébastien ! Ce sont des jeunes comme moi et on s’est très bien entendu !
Tu penses que tu bosseras de nouveau avec eux ?
K. : Actuellement on est en projet de signature donc si financièrement j’ai la possibilité de m’acheter du matériel je ne vais pas forcément passer en studio parce qu’on en revient toujours à ce même problème économique. Mais si je peux me repayer le luxe de travailler avec eux ce serait super tout simplement parce que c’est un gain de temps parce que l’on se comprend. Je pense que pour le prochain titre on va peut-être le faire.
Tu as bossé d’autres titres en studio qui ne sont pas sur l’EP ?
K. : Non on a fait les cinq titres avec un titre par journée. En studio, Josselin est très fort parce qu’il a une culture énorme, il est dans les fondateurs de Brain Magazine et le mec quand tu choisis les sons il a des réflexions de fou ! Par exemple : « tiens ce son ça me fait penser à Metronomy, les parisiens ils vont bien accrocher ! » et c’est plutôt marrant et sympa !
C’est bien qu’il fasse référence à Metronomy parce que quand on lit des rapprochements avec Empire Of The Sun ou Miike Snow on se demande où est le rapport avec Killtronik!
K. : Après il y a souvent des confusions entre ce que j’aime et ce à quoi ma musique ressemble et les gens vont transformer mes propos. J’adore Empire Of The Sun mais je ne me compare pas du tout à eux ! C’est très dur de donner des références. De temps en temps je lis des trucs c’est incroyable. Les gens ont besoin de coller des étiquettes…
Sans y faire référence, tu as fait une reprise de Starsailor Four To The Floor, est-ce que c’est la seule reprise où est-ce que tu bosses sur d’autres morceaux en ce moment ?
K. : On en a fait tellement, on bœuf tellement au studio à Cannes… Mais j’adore Starsailor et je trouvais que le remix était cool du coup on s’est dit qu’on allait jouer la version remixée sur scène !
Tu fais un beau pieds de nez à un autre français dont on n’est pas vraiment fier ! David Guetta avait lui aussi sélectionné ce titre remixé par Thin White Duke sur l’une de ses compilations F*** Me I’m Famous !
K. : Ouais c’est marrant de faire des reprises comme ça et tu ne le sais pas mais il y a un an j’ai eu l’idée de faire une reprise de NTM Dans Ma Benz mais genre six mois avant que Brigitte ne le fasse et je suis vert !
Et pourquoi ne pas avoir décidé de la sortir aussi finalement ?
K. : Parce que je suis dégoûté, j’avais décidé d’en parler à un pote et il m’avait dit que ce serait fou comme idée et voilà Brigitte l’a fait avant moi !
C’est marrant parce que tu es cannais et pourtant on pourrait aisément t’assimiler à un véritable parisien : est-ce que tu en as vraiment l’âme ou est-ce que tu t’amuses et joues d’un cliché ?
K. : Je viens de Cannes, Cannes et les boites, la mer, il y a ma famille et les gens que j’aime donc foncièrement je suis cannais mais il y a également la vérité de Paris. Tu vois ce soir je suis ici aussi, je viens pour l’open bar comme tout le monde ! (rires) Hier j’étais dans le grand marais, on s’est mis une chtouille et puis je suis allé voir mes maîtresses. Les paroles elles sont là il n’y a pas de mensonge ! Hier on chantait le refrain, on a fini au social club et c’était à crever de rire et le truc il est là il n’y a pas de cliché, ni de moqueries c’est juste que toutes mes envies sont à Paris et toutes mes maîtresses aussi ! Maintenant, ce sont plus des maîtresses ! (rires)
C’est sûr qu’après avoir sorti ton morceau tu as grillé tous tes plans ! (rires)
K. : Je suis dans la merde ! (rires) Quand j’entends le morceau ça me fait rire parce que ça me rappelle pleins de souvenirs !
Comme de regarder des photos de vacances…
K. : Oui voilà exactement ! Plus que quand tu écoutes des morceaux où tu t’es pris la tête, bien là j’ai écris ce que je faisais et ça me plaisait donc c’est plutôt cool !
Alors qu’est-ce qui t’excite à Paris, la nuit ?
K. : D’augmenter les probabilités de ne pas rentrer seul. Il y a un petit je ne sais quoi en plus ici. Plus de monde, plus de boites, plus d’endroits où faire des rencontres, plus d’alcool, les taxis sont moins chers, tu peux bouger plus vite donc tu accrois tes chances de ne pas rentrer seul ! (rires)
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