Les blogs musicaux et l'ancienne presse, réflexions autour d'un métier en mutation…

J’étais paisiblement entrain de lire News.com quand je tombe sur un article qui retient mon attention. L’auteur, Greg Sandoval de CNET y parle de la naissance des blogs musicaux, leur croissance, et le succès de certains qui sont aujourd’hui devenus de véritables médias. Pitchfork, l’un des plus célébres attire ainsi environ 1,5 millions de visiteurs uniques par mois, organise des événements (concerts, festivals), et assure la promotion et la distribution d’artistes, à la manière d’un label.
L’analyse de Greg tend a laisser penser que les blogs musicaux vont remplacer les labels. Je ne suis pas complètement d’accord dans la mesure où cette analyse met en scène un fonctionnement encore et toujours tripartite, où le consommateur final doit consulter un intermédiaire pour avoir accès au produit. Je crois beaucoup plus à un mode de fonctionnement à deux acteurs, où le consommateur accède directement au produit, et le produit peut directement interagir avec le consommateur. Mais ce qui m’a le plus interloqué, c’est la réaction de Nathan Brackett, le rédacteur en Chef adjoint de Rolling Stone Magazine, vénérable publication musicale que je lis « on » et « off »-line depuis des années.
N’amasse pas mousse.
Sur la question des blogs musicaux, Brackett est radical: « Il n’y a aucun blog qui peut rivaliser avec notre niveau de journalisme et notre qualité de lectorat ». Et d’ajouter: « Je n’appelle pas ce qu’il font de l’écriture ou du journalisme, ce que font les blogs, c’est donner en 50 mots une idée de ce que le groupe fait, rien de plus ». Et enfin de conclure dans un grand élan de modestie: « Nous tirons partie de l’avantage que nous avons de pouvoir accéder à une certaine proximité avec les groupes ou les artistes, la plupart des blogs n’a pas les moyens de décrocher le téléphone ». La claque. Un concentré d’erreurs et de maladresses.

  • Péché de méprise : A considérer les blogs comme un sous-média, Brackett méprise par la même occasion une frange de plus en plus importante de son lectorat.
  • Péché de piedestal : Si beaucoup de blogs sont peu qualitatifs, certains sont largement du niveau des articles de Rolling Stone Magazine.
  • Péché d’analyse : pendant que la granularité de l’information s’accroît, le mode de consommation de celle-ci change. Brackett semble l’ignorer.
  • Péché de piedestal (bis) : Bien sûr que des blogs ont des contacts, bien sûr qu’ils ont un réseau, bien sûr qu’ils sont invités aux même événements. Rolling Stone a la chance de pouvoir cautoyer de près certains artistes ? Fort bien, des blogs également. Les exemples pululent et symbolisent justement cette granularité. Il faut l’accepter : il n’y a plus une place to go, mais plusieurs endroits cool où il fait bon s’informer.

Déjà vu.
Avant de fonder Music360.fr (revendu à CNET Networks France en février 2008) et MusicSpot.fr (développé chez CNET Networks France et actuellement en version alpha), qui sont aujourd’hui devenus mes occupations professionnelles principales, j’ai longtemps travaillé dans le journalisme high tech, dans la presse papier. J’y ai constaté les mêmes travers. Moi-même, je me trouvais bien là où j’étais entre 2000 et 2002, pendant les années noires de l’Internet en France. Aujourd’hui, que reste t-il de la presse papier high tech dans l’héxagone ? Les uns misent sur la carte du luxueux pour annonceurs quali, se transformant en catalogue de produits qu’on verrait parfaitement rangé dans un dossier de siège d’avion, entre le magazine de voyages et la revue de cigares. Les autres ont fermé boutique ou vivotent, ayant vu leurs ventes chuter irrémédiablement depuis 2003. Une hémorragie qui n’en finit d’ailleurs pas…
Beaucoup méprisaient la façon de faire ce métier sur Internet. Beaucoup ont ri des petits acteurs qui se sont lancés dans le créneau de « l’information high tech sur le Web » en 1999 ou 2000. Devenus cash-machines en 2008, ces « anciens petits » se font racheter à la hâte par des gros médias en mal de stratégie Web. Va t-on assiter à ce phénomène domaine par domaine ? La musique après le high tech ? Et demain ? La TV ? Que les immobilistes sauvent ce qu’il leur reste à sauver, pendant ce temps là, des choses passionnantes se créent tous les jours ailleurs…

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