[Video] Paris 1730, d'après le plan de Turgot

Envie d’une expo originale à Paris ? Avez-vous pensé à l’exposition Paris 1730 d’après le plan de Turgot ? Organisée par le Centre historique
des Archives Nationales et la RMN, elle se tient jusqu’au 9 janvier 2006 à l’Hôtel
de Rohan, 87, rue Vieille du Temple dans le troisième. A l’heure où les grandes
questions du développement urbain resurgissent, il est intéressant d’opérer
un recul de trois siècles, et d’étudier le Paris d’avant la révolution. Point
d’orgue de cette exposition, le plan dit de Turgot – en réalité une commande
de ce dernier au dessinateur Louis Bretez – constitue une oeuvre majeure dans
le domaine de la représentation urbaine. Réalisé en utilisant la technique de
la perspective cavalière ce plan privélégie une représentation figurative de
la ville. Quelques années plus tard, cette representation sera abandonée au
profit d’une vision plus géométrique. Les informations de distance et de forme
prendront alors le pas sur le ressenti. Ce procédé, bien plus rigoureux, a donné
lieu, notamment sous l’influence de Bonaparte, à la cartographie moderne, celle
que nous la connaissons aujourd’hui. A ce propos, il est intéressant d’observer
le retour de la perspective dans les dernières incarnations de la cartographie
moderne. En effet, les récents systèmes GPS embarqués dans nos véhicules disposent
tous d’une vue « 3D ». Bien plus que l’aspect figuratif de la representation,
la 3D se voit ici utilisée pour des raisons pratiques : perception de l’information,
prise de décision plus rapide, etc. Au delà de ces considérations techniques,
et sans chercher à décrire les effets de certaines inégalités au sein de la
Capitale, le plan Turgot permet d’en comprendre leur provenance, d’en appréhender
leur cause. Rive droite, rive gauche, quartiers huppés ou populaires, le Paris
d’aujourd’hui n’est pas si différent du Paris d’hier et cette exposition vous
apportera à coup sûr un regard différent sur la question. Le livret qui vous
sera remis à l’entrée de l’exposition consitute d’ailleurs un excellent point
de départ pour saisir les tenants et les aboutissants de ce Paris pré-Haussmannien.
Une exposition de taille très modeste (une salle dans l’Hôtel de rohan) mais
qui procure un vrai plaisir et donne largement matière à rêver. Paris
1730, d’après le plan de Turgot
, jusqu’au 9 janvier 2006. Hôtel de Rohan,
Paris. Entrée 3 euros.

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Galerie photo :
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Extrait du communiqué de presse :
L?exposition Paris 1730 d?après le plan de Turgot qui participe du regain
d?intérêt pour l?histoire des formes urbaines, est la troisième consacrée en
France, en 2005, au cadre urbain des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles : De l?Esprit
des villes, Nancy et l?Europe urbaine au siècle des Lumières, 1720-1770 présentée
au musée des Beaux-Arts de Nancy évoquait non seulement l?architecture et l?urbanisme,
mais également le quotidien des villes ; La ville figurée, plans et vues gravés
de Marseille, Gênes et Barcelone, au musée d?Histoire de Marseille, s?intéressait
à la représentation de la ville en mettant en rapport trois ports de la Méditerranée
du XVIIe au XIXe siècle.
De toutes les représentations cartographiques de Paris, le plan de Paris de
Louis Bretez, dit de Turgot (1734-1739) en offre l?une des images les plus séduisantes
et les plus célèbres, connue du spécialiste comme du simple amateur.
Pourtant, dans son attachement à la vue cavalière, appelée aussi vue à vol d?oiseau,
le plan dit de Turgot va à contre-courant du siècle qui l?a vu naître : le XVIIIe
siècle voit en effet l?abandon progressif des portraits de villes, hérités de
la Renaissance, plus suggestifs que rigoureux dans leurs relevés. Cette évolution
se fait au profit du plan géométral, vision abstraite et mathématique, qui privilégie
la connaissance par rapport à la délectation. S?il parle au cartographe, à l?ingénieur,
à l?architecte ou à l?édile, le plan géométral reste difficile d?accès au public.
Michel Etienne Turgot (1690-1751), alors à la tête de la municipalité parisienne,
en a parfaitement conscience : en commandant une nouvelle image de la capitale
à l?artiste Louis Bretez, le prévôt des marchands n?a pas pour objectif de se
doter d?un outil efficace pour la gestion ou l?embellissement de l?espace urbain.
Son dessein s?apparente plutôt à celui d?un habile publiciste : Turgot aime
sa ville ; il est convaincu, à l?instar de nombre de ses contemporains, que
Paris est le modèle quasi universel de la capitale d?un Etat florissant et glorieux.
Par ses dimensions exceptionnelles (3,26 m x 2,45 m) comparables à celles d?un
tableau d?histoire ou d?une tapisserie, par son échelle au 1/400e (la plus grande
jamais utilisée dans une vue cavalière), par la qualité de son tracé minutieux
et de sa gravure, le plan dit de Turgot impressionne. ?uvre de propagande avant
la lettre, il sert de présent diplomatique et exporte l?image d?un Paris idéalisé,
harmonieux et aéré, où l?ordre et la raison régissent un espace aristocratique,
loin, très loin de cette vision inquiète de la ville que l?on rencontre dans
les écrits de Jean-Jacques Rousseau. ?uvre archaïque d?un point de vue strictement
cartographique, ce plan participe néanmoins de cette humeur vagabonde propre
au XVIIIe siècle, qui nourrit un "tourisme" élitaire, celui des voyageurs
du Grand Tour italien comme celui des visiteurs des capitales européennes du
nord et de l?est.
Si l?image de cet immense plan est bien connue, que sait-on vraiment de cette
entreprise à tous égards exceptionnelle ? La beauté et la célébrité du plan
ont éclipsé dès l?origine la personnalité et le rôle de ceux qui l?ont créé
: Michel Etienne Turgot d?abord, auquel l?histoire a préféré le fils, Anne Robert
Jacques, ministre de Louis XVI ; Louis Bretez, dessinateur et artisan de cette
?uvre, mais aussi les graveurs Antoine Coquart et Claude Lucas, l?imprimeur
Pierre Thévenard et le relieur Padeloup, dont les noms ont sombré dans l?oubli.
L?exposition vise à expliquer la genèse, la réalisation, la diffusion et la
postérité de cette ?uvre, dont les cuivres originaux gravés à l?eau-forte et
au burin de 1736 à 1739, aujourd?hui conservés par la Chalcographie du Louvre,
permettent encore la réalisation de nouveaux tirages dans le respect des gestes
et des traditions séculaires de l?impression en taille-douce.
En parcourant les vingt planches qui composent ce plan, qui ne s?est plu à imaginer
la société aristocratique qui habitait les hôtels du faubourg Saint-Germain,
à insuffler la vie à ces larges avenues, à ces nobles façades, à ces rares promenades
ombreuses, à ces quais représentés vides de toute activité humaine, à l?exception
des bateliers du quartier du Gros-Caillou ? Il n?y a alors qu?à rapprocher le
plan de Turgot, de témoignages qui lui sont contemporains – main courante de
police, feuilles volantes de commerçants, avis officiels, peintures de Raguenet
et de Demachy, dessins de Lespinasse et de Bouchardon, etc. – pour ressusciter
des impressions du Paris des années 1730 : ses plaisirs, ses incivilités quotidiennes,
ses petits métiers, ses embarras…

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